Accueil › Histoires › La première neige
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Personne ne les avait prévenus.
C'est toujours comme ça, la première neige : elle ne s'annonce pas. Elle n'envoie pas de lettre, elle ne frappe pas à la porte. Elle arrive pendant que tout le monde dort, et le matin, le monde n'est plus le même.
Ce fut Théo qui se réveilla le premier, pour une fois.
Il ne sut pas tout de suite pourquoi. Il resta un moment dans son lit, les yeux ouverts, à écouter. Et c'est justement ça qui l'avait réveillé : le silence. Pas le silence normal de la nuit, avec la route au loin et le frigo qui ronronne. Un autre silence. Un silence épais, doux, comme si quelqu'un avait posé une grosse couverture sur toute la maison.
Il sortit un pied du lit. Puis l'autre. Il traversa le couloir.
« Emma. »
« Mmh. »
« Emma. Il y a quelque chose. »
Emma ouvrit un œil, vit la lumière qui venait de la fenêtre, et comprit immédiatement. Cette lumière-là ne ressemble à aucune autre. Elle est plus blanche, plus basse, elle entre partout à la fois. Il n'y a que la neige pour faire une lumière pareille.
Ils descendirent l'escalier en se tenant à la rampe, quatre à quatre, en chaussettes, ce qui est formellement interdit et absolument nécessaire.
Dehors, tout avait disparu.
Le chemin avait disparu. Les feuilles avaient disparu. Le vieux seau avait disparu, et à sa place il y avait une petite colline blanche, très bien arrondie, avec un chapeau de neige dessus.
Et le pommier n'était plus le pommier. C'était un arbre en sucre.
« Vite, dehors ! » dit Théo.
Il fallut d'abord passer par l'étape terrible : les moufles, les bottes, le bonnet qui gratte, l'écharpe qui serre trop. Cela prit un temps infini. Théo mit une botte à l'envers et ne s'en aperçut qu'une fois dehors.
Et puis la porte s'ouvrit, et ce fut le premier pas.
Le premier pas dans la neige fraîche fait un bruit. Un tout petit bruit, un craquement doux, un scrouch qui n'existe que ce jour-là de l'année, parce qu'ensuite la neige est déjà piétinée et qu'elle ne fait plus le même son.
Emma s'arrêta net et écouta son propre pied.
« Théo. Marche. »
Scrouch.
« Encore. »
Scrouch.
Ils restèrent là un long moment, tous les deux, à faire des pas dans le jardin sans aller nulle part, juste pour le bruit.
C'est alors que Nougat sortit de sous le pommier.
Et pour la première fois depuis qu'il était arrivé, il ne marcha pas tranquillement. Il ne fit pas son petit trot poli. Il fit trois bonds ridicules, complètement de travers, comme un jeune chien, envoya de la neige partout et faillit tomber.
Théo hurla de rire.
« Il est content ! »
« Il est chez lui », dit Emma.
C'était vrai. Depuis deux mois, Nougat vivait dans le mauvais décor. Il avait attendu, sagement, dans un jardin d'automne qui n'était pas fait pour lui. Et ce matin, sans prévenir, le monde s'était enfin mis d'accord avec lui.
Ils firent le bonhomme de neige avant même le petit-déjeuner.
Une grosse boule pour le bas, une moyenne pour le milieu, une petite pour la tête. Deux cailloux pour les yeux. Une brindille tordue pour la bouche, ce qui lui donna un sourire un peu de travers, comme la tache sur le museau de Nougat.
Pour le nez, il n'y avait pas de carotte. Théo alla chercher une pomme et la posa au milieu du visage.
« Ça ne se fait pas », dit Emma.
« Chez nous, si », dit Théo.
Et Nougat, qui regardait tout cela depuis le pommier, s'approcha lentement, renifla le bonhomme de neige, hésita une seconde... et mangea le nez.
Ils rirent tellement fort que la neige tomba de la branche au-dessus d'eux et leur atterrit sur la tête.
Page à colorier liée : Le bonhomme de neige.
Les épisodes suivants arrivent d'ici Noël. Revenir à la série
Meme univers, meme trait epais, pour les moments tranquilles.